Littérature d'Afrique noire

  • En attendant le vote des bêtes sauvages, le président koyaga est un maître chasseur .
    Et un dictateur de la pire espèce. au cours d'une cérémonie purificatoire en six veillées, un griot des chasseurs et son répondeur lui racontent sa propre vie, toute sa vie, sans omettre les parts d'ombre et de sang. koyaga est né dans la tribu des hommes nus. il a fait la guerre d'indochine. puis il a pris la tête de la république du golfe en usant de la sorcellerie et de l'assassinat. accompagné de son âme damnée méclédio, qui a vu en lui son homme de destin, il a parcouru l'afrique de la guerre froide, prenant des leçons auprès de ses collègues en despotisme.
    On n'aura guère de peine à reconnaître au passaage houphouët-boigny. sékou touré, bokassa, mobutu. pour ne parler que des non-vivants. de retour chez lui, grâce aux pouvoirs merveilleux que lui confèrent la météorite de sa maman et le coran de son marabout, il triomphe de tous ses ennemis, déjoue tous les complots. jusqu'au jour de la dernière conjuration oú s'étant fait passer pour mort, il perd la trace de la maman et du marabout.
    Avec un humour ravageur et une singulière puissance d'évocation, le récit mêle hommes et bêtes sauvages dans une lutte féroce, allie le conte à la chronique historique et renverse nombre d'idées reçues sur les relations étroites qu'entretiennent la magie et la politique mondiale.

  • Quel sera le sort de Fama, authentique prince malinké, aux temps de l'indépendance et du parti unique ? L'ancien et le nouveau s'affrontent en un duel tout à la fois tragique et dérisoire tandis que passe l'histoire, avec son cortège de joies et de souffrances.

    Au-delà de la fable politique, Ahmadou Kourouma restitue comme nul autre toute la profondeur de la vie africaine, mêlant le quotidien et le mythe dans une langue réinventée au plus près de la condition humaine. Dès sa parution en 1970, ce livre s'est imposé comme un des grands classiques de la littéraure africaine.

  • J'ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m'évertue désormais à rétablir la vérité dans l'espoir de me départir de ce mensonge qui ne m'aura permis jusqu'alors que d'atermoyer le deuil.

    Après vingt-trois ans d'absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du Congo. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d'années après. Le fils unique ne s'est rendu aux obsèques ni de l'un, ni de l'autre.
    Entre le surnaturel et l'enchantement, l'auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années de l'enfance et de l'adolescence dans ses lieux d'origine.
    Au moment de repartir, il se rend compte qu'il n'est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Car c'est ce livre qui tient lieu, aussi, de tombeau. Et de résurrection.

  • Tram 83

    Fiston Mwanza Mujila

    Tous les soirs au Tram 83 on voit débouler les étudiants en grève et les creuseurs en mal de sexe, les canetons aguicheurs, les touristes de première classe et les aides-serveuses, les biscottes et les demoiselles d'Avignon, la diva des chemins de fer et Mortel Combat, bref, toute la Ville-Pays réunie là dans l'espoir de voir le monde comme il va et comme il pourrait dégénérer.
    Lucien, tout juste débarqué de l'Arrière-Pays pour échapper aux diverses polices politiques, s'accroche à son stylo au milieu du tumulte et se retrouve sans s'en rendre compte coincé dans une mine de diamants, en garde à vue, ou dans le lit d'une fille aux seins-grosses-tomates. Pendant ce temps, Requiem, magouilleur en diable, ex-pote du susnommé, et Malingeau, éditeur et amateur de chair fraîche, se disputent allègrement les foules. Car dans la Ville-Pays, n'en déplaise au ridicule Général dissident, il n'y a qu'une chose qui compte : régner sur le Tram 83 et s'attirer les bonnes grâces de ce peuple turbulent et menteur, toujours au bord de l'émeute.

  • La vie et demie

    Sony Labou Tansi

    • Seuil
    • 1 Septembre 1979

    Chaïdana et les siens sont le jouet d'une violence sans fin : le Guide Providentiel fait régner sur le peuple de Katamalanasie sa dictature absurde et sanglante. Dans ce pays maudit, les vivants ont à peine le droit de vivre et les morts refusent de mourir. Les guerres, les croyances et les amours se succèdent, déroulant la fable visionnaire d'un monde bien réel.

  • L'anté-peuple

    Sony Labou Tansi

    • Seuil
    • 1 Septembre 1983

    Citoyen exemplaire, Dadou est directeur d'une école de Kinshasa. Une terrible accusation l'aspire dans une tornade dévastatrice : sa femme et ses enfants sont tués, sa vie saccagée. Il réussit à s'échapper des lugubres geôles zaïroises et s'enfuit de l'autre côté de la rivière. Vidé de son âme, il découvre une succession de mondes désolés, rongés par la même corruption que son propre pays, les mêmes dérives politiques et guerrières.

    Sony Labou Tansi est né en 1947 au Congo où il a vécu jusqu'à sa mort en 1995. Romancier, poète et dramaturge, il est l'auteur d'une douzaine de pièces de théâtre et de six romans, dont La Vie et demie et Les Sept Solitudes de Lorsa Lopez, disponibles en Points.

  • Désobéissant à Samory, empereur de tout le pays mandingue, le roi de Soba, Djigui Keïta, n'a pas rasé sa ville à l'arrivée des troupes coloniales - sûr que la magie des ancêtres, la protection d'Allah et la muraille édifiée à la hâte suffiraient à repousser les «Nazaréens». Ceux-ci prennent donc Soba sans coup férir. Mais tandis que les griots chantent la gloire de Djigui Keïta et de ses cent vingt années de règne, le roi déchu s'enfonce dans une collaboration de plus en plus meurtrière avec l'occupant.Sous l'épopée tragique et dérisoire d'un peuple livré à la colonisation, perce la satire des Etats africains modernes livrés à leurs démons, et un réquisitoire aussi drôle que violent contre ces conformismes qui mènent parfois aux pires compromissions.

  • À dix-sept ans, Abike Johnson, la fille d'un richissime magnat de Lagos, a l'habitude de se laisser porter par l'immense Mercedes noire de son père dans les rues de la ville. Un jour, alors que la voiture est assaillie par des vendeurs à la sauvette, le regard d'Abike croise celui d'un colporteur : jeune, beau, élégant sous ses haillons, il détonne dans la foule.
    Lui vit dans un quartier mal famé. Tous les jours, il parcourt des kilomètres en vendant des glaces pour subvenir aux besoins de sa soeur et de sa mère. Abike découvre un univers inconnu qui la fascine et invite à son tour le jeune homme dans son monde.
    Mais le coup de foudre initial se transforme bientôt en un jeu de séduction mortel, entre amour et haine, tandis que des secrets de famille les obligent à choisir leur camp.

  • Journaliste politique dans une capitale africaine, Zam traverse l'enfer de l'existence avec l'élégance de ceux qui abusent de l'alcool et du jazz.
    Il ne dérange personne. Nul ne se soucie de sa liaison tapageuse avec la superbe Bébète et personne ne prend au sérieux les articles virulents qu'il s'obstine à publier contre la dictature au pouvoir.
    Alors, pourquoi lui vole-t-on sa collection de CD de jazz ? Pourquoi lui colle-t-on un cadavre dans son appartement ? Pourquoi veut-on le tuer ?
    Dans un monde où l'inertie le dispute à l'absurde, où les policiers sont prêts à payer leur supérieur pour n'avoir jamais à enquêter, où la corruption est le seul moyen de survivre, où l'intensité des cris d'indignation des sociétés occidentales est indexée sur le prix des matières premières qu'il reste à piller, les aventures désopilantes et baroques de Zam, le journaliste poète, révèlent avec une cruauté cinglante le destin tragique d'un peuple africain au bord du gouffre.

  • Maryse Condé avait toujours rêvé d'adapter à l'univers caraïbe le roman d'Emily Brontë Les Hauts de Hurlevent.
    La Migration des coeurs en est une libre variation, pleine de violence et de sensualité. Elle réincarne en Razyé le personnage de Heathcliff et fait de Cuba et de la Guadeloupe, dans le dernier quart du XIXe siècle, le cadre de la passion meurtrière qui le lie à Cathy. Amours dévorantes, haines ancestrales, rivalités familiales, forces occultes de la religion, l'auteur nous offre un voyage exotique et luxuriant et nous révèle les émotions et les déchirements des âmes et des corps.
    L'écriture -langue métisse, alliance charnelle de français et de créole-, la structure inventive et subtile, la vérité tragique des personnages donnent à ce roman toute sa force d'envoûtement.

  • Commandeur du sucre

    Raphaël Confiant

    • Archipel
    • 14 Septembre 1994

    Janvier 1936 : la récolte de la canne à sucre commence à Bel-Évent, une plantation de Martinique. Le contremaître Firmin Léandor - le "Commandeur du sucre" - s'est peut-être un peu trop avancé en promettant de livrer sept cents barriques de canne à l'usine... Redouté par ses hommes, méprisé par le maître, jalousé par le "géreur" du domaine et par les autres commandeurs de l'île, Firmin Léandor ne peut que répéter l'antienne de sa mère : "Canne, c'est maudition"... Il fallait, pour faire revivre les travaux et les jours de la Martinique agricole des années 30, la passion, la mémoire et le français gouleyant de Raphaël Confiant. Voici retrouvée la vie quotidienne des travailleurs, du "nègre-Congo" au "béké", et du mulâtre au "couli", voici leurs rêves et leurs souffrances, leurs haines et leurs joies.

  • Au tout début du XXe siècle paraissaient, sous l'impulsion coloniale allemande, les premiers récits de voyage écrits par des Africains dans une langue africaine (hors arabe) : les Safariza Wasuaheli, collectés par Carl Velten auprès de quatre informateurs et relatant des expéditions des années 1890. Nés en swahili, entre oralité et écriture, alphabets arabe et latin, ces textes sont les témoins passionnants d'une rencontre entre les mondes européens, arabes et africains.
    Liés ou non à la colonisation, ces récits sont le fruit des auxiliaires : guides, traducteurs, caravaniers indépendants longtemps restés les « compagnons obscurs » des Européens, ils offrent un intéressant regard croisé sur l'histoire africaine du XIXe siècle. L'explorateur et colonisateur est bien là, mais apparaît sous un jour souvent moins héroïque que dans ses propres récits.
    Nous transportant de la côte swahili à l'intérieur des terres, le long des pistes commerciales ou lors d'expéditions de « pacification », ces récits nous livrent tout un pan de l'histoire caravanière du continent. De l'Afrique à l'Europe, jusqu'en Russie et aux confins de l'Asie, ils nous permettent de relire les contacts de culture - plus ou moins violents - à l'oeuvre au XIXe siècle.
    Cet ouvrage constitue la première traduction française de ces récits, enrichi d'une introduction qui situe en contexte ces textes étonnants.

  • « En français de Gamboma, un yankee est une racaille, un homme sans scrupule, qui peut commettre un meurtre sans se soucier. ». Ce Yankee, c'est Benjamin très jeune milicien plus ou moins régularisé en sous-officier. Au cours de la guerre civile qui ravage le pays en ces années 1990, il a beaucoup subi, beaucoup tué, beaucoup violé. Tout cela n'empêche pas le narrateur - bon élève à l'école et bon fils d'une mère qu'il admire - d'être fasciné par son nouvel ami. En compagnie du Yankee, on est quelqu'un à Gamboma. Et le Yankee entend bien que chacun se plie à ses caprices.
    La déambulation des deux amis fait découvrir le langage, les usages et la gentillesse de Gamboma avec tous ces garçons très occupés de tourner autour des filles ... et réciproquement. Le charme de la narration, la bonté du regard, n'empêchent pas cette souriante chronique d'être un réquisitoire contre les enfances massacrées, l'intrusion de l'arbitraire et la destruction du lien social. Le Yankee de Gamboma n'est pas si loin de Candide.

  • Les Récits de l'Institution.
    C'est au bord d'un gouffre insondable que le fondateur a choisi de construire le siège de l'Institution. Il s'agit d'un empire industriel sans précédent en Egypte et peut-être même dans le reste du monde. Survivant à tous les régimes politiques, l'Institution est un véritable Etat dans l'Etat, avec ses lois et ses rituels, ses prébendes et ses luttes d'influence, ses rumeurs et ses complots. Nombreux sont les ambitieux qui rêvent de s'installer au douzième étage, dans le vénérable fauteuil laissé vacant après la mort du fondateur.
    Tous les coups semblent permis, au mépris de la morale... Pourtant, du fond de l'abîme, remontent parfois les fantômes d'un passé lointain, bien décidés à se venger. Usant à la fois de la tradition du conte oriental et des formes narratives propres à ces feuilletons télévisés américains dont sont friands les Cairotes, Gamal Ghitany trace des portraits d'un réalisme saisissant et dresse le tableau grinçant d'une société entièrement vouée, en dépit des discours sociaux ou religieux, aux démons de l'économie.

  • Un rêve utile

    Tierno Monénembo

    Fils dun ministre déchu, un jeune Africain senfuit de chez lui, une ébauche de pays momentanément appelé Guien attendant confirmation. Le hasard le mène devant la consigne n°319 dune drôle de gare, dans une grande cité de la douce France. Comme bon nombre de métropoles européennes, Loug est une capitale africaine. Mais avec ces deux fleuves, sa presquîle de Perrache à la dérive, nest-elle pas le microcosme par excellence, ce monde en réduction doù lAfrique serait exclue, doù lAfrique sexclurait delle-même, réduite à ses rêves dauthenticité, de progrès, daffrontement et de réconciliation ? Étudiant en physiologie, livreur dappareils ménagers, militant don se sait trop quelle cause exotique, notre jeune intellectuel se voit chargé dalphabétiser les travailleurs immigrés. Ironie du savoir, Oncle Momo, Galant-Métro, Seyni Mboup et Cie nont pas besoin de ses leçons. Revers pédagogique, cest le militant scolaire qui se retrouve à rude école. Et nous voici conviés à une grande farce qui noublie pas le souvenir de Rabelais ni celui de Guignol : la farce de la politique, de lamour, des destins croisés, de la littérature

  • "Mon ami(e), Je ne viens pas à vous par hasard.
    Dans ma quête d'une oreille attentive, on m'a recommandé de vous écrire. Comme vous le savez, les temps sont durs au Nigeria. Agé de vingt-cinq ans, je dois, depuis la mort de mon père, subvenir aux besoins de ma famille. Mais malgré mon diplôme, je ne trouve pas d'emploi. Pour couronner le tout, ma petite amie, fatiguée d'attendre le mariage de ses rêves, vient de me quitter. Alors j'ai décidé de me tourner vers mon oncle Boniface, alias Cash Daddy.
    Il n'est pas très cultivé, ni très raffiné, mais c'est un homme puissant et respecté dans la région. Il m'a proposé de me lancer dans le 419, vous savez, ces e-mails d'appel à l'aide dont le but est d'extorquer des fonds à des étrangers crédules. Sans doute en avez-vous déjà reçu vous-même ? J'ai beau être un garçon honnête, je me suis aperçu que j'avais un vrai talent pour la cyberarnaque. Et que cela était très lucratif.
    Mon ami(e), je vous le demande, prenez le temps de me lire et de découvrir mon histoire. Je suis sûr qu'elle ne manquera pas de vous amuser, et peut-être même, parfois, de vous émouvoir..." - Votre très dévoué Kingsley.

  • Poète et chroniqueur, Pierre Graziani parcourt l'Afrique et le Sahara depuis les années 1970.
    En novembre 1980, invité aux fêtes de l'indépendance de la Guinée, il décide de résider chez les Dogons, à Gao et à Niamey, au Niger, d'où il traverse à nouveau le Sahara. En 1982, bénéficiant d'une bourse du ministère des Affaires étrangères, il séjourne au Kenya, en particulier au lac Turkana. Il voyage ensuite au Rwanda, au Burundi, en République démocratique du Congo, et enfin au Gabon, où il réside désormais.
    Ses voyages à travers l'Afrique sont la matière de ces carnets à l'écriture sensuelle où les mots dessinent un continent voluptueux. Au fil des pages, le lecteur suit Pierre Graziani dans la mangrove du Cameroun, sur les rapides du fleuve Zaïre, chez les Pygmées de Kribi, au coeur du royaume de Mendu, sur la route Douala-Bamenda ou pour une fête de Noël à Brazzaville...
    Choses vues, senties ou entendues, illustrées de croquis extraits du carnet personnel de l'auteur.

  • Explication de la nuit

    Edem Awumey

    • Boreal
    • 28 Août 2014

    Ito Baraka va mourir. À Gatineau, loin du soleil, dans l'obscurité humide de ce minable appartement qu'il partage avec sa compagne, Kimi, autochtone et junkie.
    Mais, avant de mourir, il a ce livre à finir. Ce roman où il raconte des événements qui se déroulent dans un pays où le soleil brûle, brûle la peau, brûle le cerveau, brûle la rétine de ceux qu'on oblige à le regarder sans ciller. Dans un pays où brille également un autre soleil, celui d'un dictateur en proie à la peur.
    Et quand un dictateur a peur, il ratisse large. D'abord, il y a ces jeunes, à l'université, qui affichent leur liberté en montant Beckett sur des scènes de fortune et en distribuant des tracts où la parole de l'auteur de Fin de partie prend une résonnance insoupçonnée. Ensuite, il y a les vieux, qui sont, on le sait bien, devins, mages, charlatans et surtout ensorceleurs et mangeurs d'âmes, et qui, une fois la nuit venue, sur leur couche, ferment les yeux, ordonnent à leur esprit de quitter leur corps et partent vers des contrées lointaines, êtres étranges aux bras déployés au-dessus des cases endormies, leurs ailes de feu tendues dans le vent.
    La magie n'est-elle pas la plus dangereuse forme de sédition ?
    C'est ainsi que Ito, dans sa cellule, fera la connaissance de Koli Lem, l'aveugle qui ne se sépare jamais de ses livres. Au milieu de la nuit la plus noire, dans les paroles échangées, dans leur chair, ils seront l'un pour l'autre l'unique lumière.
    Dans ce quatrième roman, Edem Awumey propose une oeuvre d'une force inouïe, qui explore impitoyablement cette obscurité que l'humanité porte en elle.

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